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Egypte : Morsi et l’équation CSFA

MorsiAu regard des nombreux clivages en cours en Egypte, le nouveau président Mohamed Morsi aura fort à faire pour  la stabilité et la relance de l’économie égyptienne. Il doit surtout asseoir son autorité face à un Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA) aux ambitions démesurées.

 

Les Egyptiens ne voulaient aucune tentacule ou aucune survivance de l’ère Moubarack. Les résultats proclamés le  24 juin 2012, ont donné  Mohamed Morsi vainqueur à  51,73% des voix,  devant Ahmad Chafiq, dernier Premier ministre d’ Hosni Moubarak, renversé en février 2011, crédité de  48,27%  des voix. Ce fut une victoire à la Pyrrhus mais une victoire historique toute de même pour les Egyptiens.

 

 Agé de 60 ans, Mohamed Morsi, est en effet  le premier islamiste, membre des frères musulmans,  et le premier civil à devenir chef de l'Etat depuis la chute de la monarchie en 1952. Ses prédécesseurs étaient tous issus de l'armée.

 

Sa victoire a été saluée par une explosion de joie place Tahrir au Caire. Ce dimanche 24 juin 2012,  des centaines de milliers d’Egyptiens s’y sont massés pour fêter la victoire de leur champion. Les slogans émanaient de toutes parts : "Allah akbar!" (Dieu est le plus grand), "A bas le pouvoir militaire", …

 

La  victoire apparait comme une sorte de revanche pour les frères musulmans car Mohamed Morsi  est un ancien prisonnier politique. Son organisation politico-religieuse a toujours été poursuivie et réprimée par la police de Moubarak. Aujourd’hui, le destin des Egyptiens est entre les mains des frères musulmans.

 

Mais le nouveau président n’aura pas de temps de grâce. Il doit tout de suite aller au charbon car  sa marge de manœuvre est extrêmement réduite. L’armée s’est octroyée des pouvoirs excessifs. Les hommes en treillis auraient préféré Ahmad Chafiq, ancien commandant en chef de l'armée de l'air,  comme président, afin de protéger leurs prérogatives.

 

Sentant certainement les choses lui échapper, dès le 17 juin, le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige la transition depuis la chute d'Hosni Moubarak annonçait dans une "déclaration constitutionnelle complémentaire" qu'il exercerait le pouvoir législatif, après avoir dissous la chambre des députés, dominée par les Frères musulmans, en application d'un arrêt de la Haute cour constitutionnelle. On se rappelle que les islamistes avaient massivement remporté les législatives  de janvier 2012 avec  113 sièges sur 168 en lice .Les Frères musulmans s’étaient  taillé la part du lion, avec 80 sièges.

 

Avec la dissolution de la chambre des députés, les militaires ont en même temps dissout  l'Assemblée constituante chargée de rédiger la Constitution, stoppant net le processus de transition démocratique. Le texte présenté par le CSFA dépouille également le président élu de ses pouvoirs exécutifs en encadrant toutes les décisions importantes qu'il pourrait prendre.

 

Les militaires veulent rester maîtres à bord

 

L’armée démontre ainsi  qu'elle ne veut prendre aucun risque, et qu'elle compte garder le dessus sur les frères musulmans, première force politique d'opposition. Selon sa "déclaration constitutionnelle complémentaire", les 19 généraux du CSFA pourront notamment légiférer, promulguer les lois et contrôler le budget. La rédaction de la nouvelle Constitution sera confiée à une "commission constitutionnelle représentant tous les segments de la société", mais sous l'œil vigilant des militaires qui s'accordent un droit de veto sur tout article qu'ils estimeront "contraire aux intérêts suprêmes du pays".

Il est à craindre donc que Mohamed Morsi ne soit que l’héritier d’une coquille vide, la réalité du pouvoir se trouvant entre les mains des militaires. Morsi ne pourra asseoir son autorité que si l’armée regagne sans délais les casernes comme l’exigent de nombreux Egyptiens. Faute d’un tel retrait, la révolution sera inachevée et le pays ne pourra pas faire l’économie  d’affrontements permanents. En réalité, le CSFA est un véritable boulet aux pieds de Mohamed Morsi.

 

De grandes inconnues

Mohamed Morsi a été élu avec 1/4 des électeurs inscrits seulement. Un Egyptien sur deux  n'a pas voté. La question de la préservation des libertés fondamentales a beaucoup pesé dans la balance.  Après s’être libérés du joug de Moubarak,  de nombreux Egyptiens craignent de tomber dans une sorte de théocratie, avec l’application de la charia, la loi coranique, sous Mohamed Morsi.  

Entre la poursuite d'un modèle politico-militaire avec Ahmed Chafik, et la crainte de voir s'installer une forme de théocratie avec Mohamed Morsi, de nombreux électeurs se sont abstenus.  C’est un vivier qu’il faudra nécessairement rassurer car les lignes de démarcation sont assez profondes en Egypte.

Morsi devrait aussi assainir les finances publiques, faire repartir la machine, les investissements, le tourisme, et venir en aide aux millions d'Egyptiens qui vivent dans une très grande pauvreté.  

Autant dire que le nouveau président Egyptien est condamné à des travaux d’Hercule avec une armée qui veut toujours tirer sur les ficelles.

Arsène Flavien BATIONO

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www.lestratege.net

 

 

L’Auteur

 

Arsène Flavien BATIONO est Communicateur, Journaliste,  Chercheur Associé et Président du Groupe d’Etudes et de Recherches en Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (GERSTIC : www.legerstic.com ).Directeur de Publication du journal d’analyses géopolitiques et d’informations générales, Le Stratège (www.lestratege.net ), il a publié plusieurs articles  sur la géopolitique, la communication, le management…. Il est l’auteur de l’ouvrage « Communication Interne et Management: comment optimiser la performance  de votre organisation ? », 2011, Editions Universitaires Européennes, 144 pages.

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