En toute Vérité
Chef de file de l’opposition : C’est loin d’être une sinécure
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08 Jan 2013
- Publié le mardi 8 janvier 2013 19:53
- Écrit par lestratege
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De Me SANKARA à Zéphirin DIABRE, qu’est-ce qui changera  dans la fonction de Chef de file de l’opposition au Burkina Faso ?
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Acteur incontestable du jeu politique et institutionnel, l’opposition remplit plusieurs fonctions. Il y a d’abord celle de contre-pouvoir. Ainsi, l’opposition permet d’éviter que la majorité, une fois parvenue au pouvoir, n’ait la tentation de mener une politique portant atteinte aux droits et libertés.
 L’opposition représente aussi la possibilité d’une alternance politique. Elle participe à l’existence du pluralisme politique qui est une des bases de la démocratie. Ce pluralisme permet de choisir ses gouvernants. Or, il n’y a de choix véritable que si l’électeur peut se prononcer entre plusieurs possibilités. Ainsi, l’opposition, en proposant un nouveau cours à la politique nationale, permet aux citoyens éventuellement mécontents de disposer d’un recours.
Enfin, l’opposition permet de renouveler le personnel politique : lorsque la majorité perd le pouvoir, une nouvelle génération d’hommes politiques peut trouver une place de choix dans l’opposition et se préparer ainsi à assumer des fonctions importantes à l’occasion d’une victoire à venir.
En Afrique, pendant longtemps, l’opposition était perçue par les gouvernants comme une hérésie par rapport aux valeurs « politiquement correctes ». Porteuse de valeurs destructrices du système monolithique en vigueur, elle ne pouvait qu’être combattue jusqu’à la dernière énergie par les pouvoirs en place.
Mais le vent de démocratisation qui devait emporter les régimes totalitaires de l’Europe de l’Est devait embraser les régimes autoritaires d’Afrique sous l’impulsion d’autres facteurs, notamment internationaux (le discours de La Baule), économiques et financiers (le conditionnement politique de l’aide économique).
Le déclenchement des cycles de contestations et de remises en cause des régimes politiques qui privilégiaient la voie autoritaire de développement apparaissait comme un tournant décisif du processus de maturation des systèmes politiques africains. C’est le début d’une vague toute nouvelle de démocratisation des systèmes politiques africains, après les périodes des régimes paternalistes qui avaient accompagné la décolonisation et des régimes autoritaires civils ou militaires qui avaient fait irruption au milieu de la première décade des indépendances. Le rôle de l’opposition est donc essentiel en démocratie.
C’est pourquoi certains pays à l’image de la Grande-Bretagne lui ont organisé un véritable statut. Le Burkina Faso s’est également lancé sur cette voix. Mais le statut de chef de file de l’opposition a connu moult convulsions de Joseph KI-ZERBO à Gilbert OUEDRAOGO en passant par Hermann YAMEOGO. C’est finalement à Me Bénéwendé SANKARA que va échoir clairement ce statut.
 Le 14 avril 2009, l’Assemblée Nationale a voté une loi sur le statut de l’opposition. Cette dernière loi a sonné le glas de l’Alliance pour la Démocratie et la Fédération/ Rassemblement Démocratique Africain (ADF/RDA) de Gilbert OUEDRAOGO qui, tout en soutenant Blaise COMPAORE, se réclamait de l’opposition. Dès lors,Gilbert et son parti étaient contraints d’opérer un choix cornélien : démissionner du gouvernement ou se rabattre très clairement dans le camp des mouvanciers. Le partia préféré la 2è option.
Au terme de l’article 2 de ladite loi « ...est considéré comme parti politique de l’opposition, tout parti légalement constitué se déclarant opposé au parti ou au groupement de partis politiques membres du gouvernement ou soutenant l’action gouvernementale. Toutefois, les partis politiques peuvent participer à des gouvernements d’union nationale... ».
Une des clauses de l’article 4 de la loi précise que, pour être un parti de l’opposition, il « ne faut pas accepter un poste politique du genre hautes fonctions à l’exception de ceux des gouvernements d’union nationale ».
Quant au chef de file de l’opposition il « est le représentant et le porte-parole attitré de l’opposition politique » (Art 19). Il est membre de la Coordination des partis de l’opposition et est le premier responsable du parti de l’opposition ayant le plus grand nombre d’élus à l’Assemblée nationale. En cas d’égalité, c’est le premier responsable du parti ayant eu le plus de sièges aux dernières législatives qui est désigné comme le chef de file de l’opposition (art 20).
Enfin, c’est le président du Conseil constitutionnel qui désigne le chef de file de l’opposition après la proclamation définitive des résultats des dernières élections (art. 21). C’est sur la base de ces arguments que  Me Sankara a pu revêtir la tunique de chef de file de l’opposition après les législatives de 2007.
A l’issue des élections couplées du 02 décembre 2012, l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC)  de Zéphirin DIABRE se positionne comme le premier parti de l’opposition, avec  19 sièges de députés.  Le chef de file de l’opposition devrait donc échoir à ce parti et à son leader.  Â
Chef de file de l’opposition : un statut, plusieurs problèmes…
Mais même si le statut est juridiquement reconnu, il reste que la fonction de chef de file de l’opposition demeure pour le moins symbolique, celui qui l’assume  ne disposant pas de réelles prérogatives. Â

Le tout n’est pas de disposer d’un siège et de publier des rapports. Le chef de file de l’opposition devrait avoir une véritable emprise sur la vie nationale et contribuer à l’anoblissement de  la gouvernance  politique.
Dans les pays anglo-saxons, il dispose d’un « gouvernement fictif », le fameux shadow cabinet qui lui confère à la limite la stature d’homme d’Etat puisqu’il est consulté par le premier responsable du pays sur les grandes questions. Nous en sommes encore très loin au Burkina Faso mais c’est un exemple qui pourrait inspirer.
L’autre point à clarifier concerne le financement du chef de file de l’opposition. C’est un financement public qui  émane de l’Assemblée Nationale. Les fonds doivent donc être alloués et justifiés dans la transparence pour éviter toute forme de corruption ou d’aliénation.
Face à une opposition ondoyante et sclérosée où chacun rêve d’être Khalife à la place du Khalife, le prochain  chef de file devra réussir la prouesse d’être rassembleur tout en s’élevant  au dessus de ses ambitions personnelles pour servir la démocratie.
Pour un homme politique, être chef de file de l’opposition ne doit point être perçu comme  le nec plus ultra. Il ne faut du reste pas se leurrer. Aucun chef d’Etat ne va s’échiner à ménager confortablement la place pour son opposant. Le véritable combat est donc bien ailleurs.
Après les élections couplées et au regard des échéances à venir et surtout des péripéties et impérities qui ont eu lieu avant la reconnaissance du chef de file de l’opposition, un débat de fond s’impose sur la fonction pour éviter au Burkina Faso le syndrome  de la démocratie spectacle ou d’opérette.
Arsène Flavien BATIONO
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