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En toute Vérité

ADF-RDA : A quitte ou double

L’absence de l’ADF-RDA du Gouvernement TIAO III sonne-t-il le divorce d’avec Blaise COMPAORE ?

 

 

Les liens sont-ils totalement rompus entre l’ADF-RDA et le parti au pouvoir, le CDP ?  Pour l’heure, il est prématuré de prétendre pouvoir répondre de façon catégorique à cette question.  L’on retient simplement que le parti de l’éléphant est absent du Gouvernement Luc Adolphe TIAO III, formé le 02  janvier 2012 parce que « les négociations n’ont pas abouti » ?  De quelles négociations s’agit-il ? Quelle en était la teneur ? Quelles étaient les prétentions des différentes parties ? Pour l’heure, motus et bouche cousue du côté du Gouvernement tout comme du parti.

 

En attendant les éclairages du Premier Ministre,  on ne peut s’empêcher de voir dans cette absence de l’ADF-RDA de l’exécutif, le signe que  la cohabitation débutée en 2006 commence à vaciller. Le constat est d’autant plus frappant que 2015 approche et que l’ADF-RDA et le CDP ne sont pas sur la même longueur d’ondes sur certains sujets. Il s’agit notamment de la modification de l’article 37 pour faire sauter le verrou de la limitation constitutionnelle du nombre de mandats. L’éléphant agite sa trompe pour dire « niet » au CDP !  Un parti de la majorité peut-il s’opposer aux désidératas du parti au pouvoir et se réclamer toujours de cette obédience ? L’ADF-RDA voudrait-elle faire dans le clair-obscur qu’elle ne s’y prendrait pas autrement.

 

En écartant l’ADF-RDA du  gouvernail, le CDP veut assurément assumer ses choix politiques.  Comparativement à 2006, le contexte a fondamentalement changé. Les souvenirs de la crise politico-militaire de 2011 sont encore là. Les enjeux qui pointent à l’horizon sont également déterminants pour l’avenir politique du parti et de ses caciques.

 

Malgré ses 70 sièges de députés raflés lors des dernières élections couplées, le CDP enregistre un recul par rapport à la dernière législature. Il faudra désormais compter avec une nouvelle formation politique de  l’opposition qui a su faire ses preuves  en moins de deux ans d’existence et qui est aujourd’hui chef de file de l’opposition. Il s’agit bien évidemment de l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC) de Zéphirin DIABRE, deuxième force politique  avec 19 députés en lieu et place de l’ADF-RDA qui en totalise 18.

 

Dans un contexte  parlementaire où le CDP n’est plus ultra dominant,  il lui faut impérativement des alliances stratégiques.  S’il a pu compter sur les voies du parti de l’éléphant pour l’élection de Soungalo Ouattara à l’Assemblée Nationale,  il n’est pas évident que celles-ci soient assurées pour le reste du processus. Il faut dès lors prospecter ailleurs au cas où la piste ADF-RDA s’avérerait infructueuse. D’où l’ouverture du gouvernement aux réfondateurs représentés par l’Autre Burkina/ PSR (Alain Zoubga) et l’UNDD d’Hermann Yaméogo (Salif Ouédraogo).  

 

Ceux-ci, on le sait, ont participé aux travaux du conseil consultatif pour les réformes politiques (CCRP) boycotté par une partie de l’opposition. Soutiendront-ils pour autant le CDP dans un projet de révision de la constitution ? Rien n’est moins sûr ; tout étant question de marchandage politique.

 

En propulsant Assimi Kouanda, Secrétaire Exécutif National du CDP, par ailleurs Directeur de Cabinet du Président du Faso, au rang de ministre d’Etat, ministre chargé de mission auprès de la Présidence du Faso et en reconduisant Bognessan Arsène YE au poste de ministre d’État, Ministre chargé des Relations avec les Institutions et des Réformes politiques, le CDP montre très clairement sa détermination  à conduire de main de maître les réformes.  Il n’ ya donc pas de place pour les tergiversations. Si un « allié de poids » se montre moins enthousiasmé par cette perspective, il faudra en chercher d’autres.  En la matière, le CDP n’a pas perdu de temps.

 

Si le CDP ne peut pas compter sur l’ADF-RDA pour obtenir la majorité qualifiée (2/3) requise pour la modification de l’article 37 à l’Assemblée Nationale, il dispose toujours de la voie référendaire. Mais celle-ci est-elle politiquement opportune  avec la soif d’alternance dont les Burkinabè font montre?  

 

Avec ce nouveau contexte, un retour de l’ADF-RDA dans un gouvernement avant 2015 paraît peu probable. Il en est de même pour sa présence à la tête du futur Sénat. A moins que le parti ne tempère ses positions ou, mieux, qu’il ne se dédise totalement sur la question de l’article 37. Dans la seconde hypothèse, que vaudrait alors la morale politique pour le parti de l’éléphant ?  Aujourd’hui, l’ADF-RDA est à quitte ou double.

Arsène Flavien BATIONO

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